Le jour, Joan est un béluga commun, va à l’école, chasse le merlu et nage dans le fleuve. Le soir venu, à l’abri des regards, Joan enfile une robe, met une perruque et se teint les paupières en bleu, se met à chanter et devient Bélu Gaga. Mais Joan doit rester un » bélu-gars « . Un album drôle, pétillant et coloré avec un héros touchant qui montre que l’on peut être soi, loin des stéréotypes de genre.

« Joan est un béluga des plus communs : le matin, il va à l’école des cétacés au coeur de l’estuaire du Saint-Laurent. Le midi, il remonte à la surface au large de Tadoussac pour épater les passants, et l’après-midi, il s’entraîne à chasser le merlu avec ses parents. » Mais le soir tout change.
Joan enfile une robe, met une perruque et se maquille : il devient alors Bélugaga. Joan chante, seul, loin de ses congénères qui ne le comprennent pas. Ses vocalises résonnent jusqu’à l’océan où l’on se demande qui peut bien produire ce chant si puissant. S’il se cache pour le moment, il espère bien un jour chanter devant un public.
Un jour, il en est persuadé, il dansera au delà de l’océan Arctique et on fredonnera ses chansons à l’unisson. « Et un jour surtout, il sait que son chant remontera l’estuaire, et que les petits bélugas entendront ce cri du coeur et comprendront qu’ils pourront être eux-mêmes, ailleurs. »

En attendant, il doit faire des activités de « gars » comme jouer aux voitures ou au foot pour être un béluga, « un vrai de vrai« . Plus tard, il sera mécanicien ou maçon. Car un béluga ne chante pas et surtout pas avec des paillettes sur la tête. « Alors, patiemment, Joan attend le soir, afin d’être seul pour vivre son rêve de star et de strass. »
Lui voudrait faire des bouquets et jouer avec des poupées ou encore s’inscrire à un cours de ballet. Il chante sa complainte des « pourquoi ». Jusqu’au jour où son cousin l’entraîne au loin, là où ses parents n’ont jamais voulu qu’il aille. Et il découvre un monde rempli d’êtres différents : mollusques au look funk, pieuvres aux crêtes punk…

Et, devant des poissons admirant son look, Joan se met à chanter. Un adorable album coloré où le héros va petit à petit réussir à être lui. Difficile de casser les codes quand ils sont ainsi instaurés. Mais Joan en a marre d’être un « belu-gars » et des stéréotypes de genre, alors il ose et s’impose. Une histoire moderne touchante.
Bélugaga, d’Alice Milon, illustré par Charlotte Molas, éd. Gründ, 32 p., 14,95 euros. Dès 4 ans