Dana a su très tôt ce qu’elle voulait faire quand elle serait grande : muse. Mais, le destin des muses n’est pas aussi formidable qu’elle ne le pense. La mort brutale de sa mère l’amènera à s’intéresser à la vie souvent trop courte de nombreuses femmes dites muses lorsque tous ses artistes soi-disant amis lui tourneront le dos.

Dès l’enfance, Dana est fascinée par les femmes que les arts et les médias érigent en icônes. Elle rêve d’être ainsi valorisée. Et pour cause, elle lit énormément de livres, admire des tableaux et se demande si « un jour, quelqu’un m’aimera suffisamment pour que je lui inspire de tels mots ?«
Cependant, peu d’hommes avaient l’oeil de l’artiste, alors elle fait tout pour quitter le lycée le plus vite possible. Elle part vivre Paris et consacre toute son énergie à ce but : incarner « l’idéal féminin ». Elle devient alors l’égérie de plusieurs artistes, avec qui elle partage des passions tant artistiques qu’amoureuses.
Elle réalise alors son rêve de former un de ces couples mythiques qui l’avaient fait tant rêver : Ansdré Breton et Nadja, Dali et Gala, Jane Birkin et Serge Gainsbourg… Après Bastien, son voisin musicien, il y a eu Sohan, metteur en scène, puis Andrea, le peintre… Et William, le photographe.
Mais un jour – très soudainement – et pour des raisons qu’elle n’a pas choisies, Dana cesse d’être la muse idéale. Pour comprendre ce qui lui est arrivé, et regagner sa place, elle se lance dans une grande enquête sur les muses qui l’ont précédée : du 18e siècle au 21e siècle, d’Elizabeth Siddal à Kiki de Montparnasse.
Derrière leurs légendes, elle découvre alors des trajectoires troublantes : celle de femmes valorisées pour le désir qu’elles suscitent, mais dont la vie semble être plus précaire et moins glamour qu’il n’y paraît. Dana s’interroger sur les critères qui rassemblent ces égéries et sur ce que nos fascinations racontent de notre société.
En s’appuyant avec humour sur l’Histoire de l’art, cet album évoque plus largement les rapports hommes-femmes, à l’heure d’Instagram et d’Onlyfans, dans une société où la désirabilité des femmes reste un des principaux critères de leur valeur, est-il possible d’en ressortir gagnante, même lorsqu’on y excelle ?
Quand j’étais petite, je rêve d’être muse est une autofiction écrite par Erell Hannah avec beaucoup d’humour et de fantaisie que le dessin de Maëlle Réat magnifie par sa vivacité et ses postures hilarantes. C’est aussi une œuvre très documentée et passionnante sur la (triste) réalité des muses.
Quand j’étais petite, je rêvais d’être muse, d’Erell Hannah, illustré par Maëlle Reat, éd. Casterman, p., 25 euros